Niger : quelle stratégie sécuritaire ?

Depuis quelques mois, la situation sécuritaire se détériore à une vitesse inquiétante au Niger. Une série d’attaques qui s’est déjà soldée par la mort de plusieurs dizaines de personnes montre que le pays risque de plonger dans une logique de guerre qui appelle des mesures exceptionnelles de la part du gouvernement et de la classe politique tout entière. La multiplication de ces attaques survient alors que nous observons une accélération de la militarisation de la bande sahélo-saharienne.

Dans ce contexte trouble, caractérisé par une multiplicité d’acteurs dont les interconnexions ne sont pas toujours aisées à décoder, le pays devrait, d’une part, se rassembler solennellement afin que chaque Nigérien en prenne réellement conscience et, d’autre part, permettre au plus vite à son armée d’être dans des conditions appropriées afin qu’elle puisse correctement assurer sa mission. Pour cela, une réforme profonde de cette dernière devient incontournable. Réforme aussi bien dans sa culture sécuritaire que dans sa politique de recrutement et de maillage du territoire, car l’armée nigérienne n’a jamais cessé de souffrir des insuffisances de la classe politique, particulièrement tentée ces dernières années de l’instrumentaliser, donc de l’affaiblir profondément. Par conséquent, le besoin de restaurer l’image d’une armée nationale dont la mission essentielle devrait demeurer la défense du territoire national devient une urgence absolue.

La polémique autour du déplacement du président de la République au Tchad à la suite de l’attaque de Bosso montre surtout l’incompréhension de nombre de Nigériens devant les choix stratégiques du pouvoir en matière de sécurité. Ce type d’initiative risque d’avoir un impact désastreux sur le moral de l’armée et sur la confiance des citoyens par rapport à leurs dirigeants.

Le président Issoufou Mahamadou est à la croisée des chemins. Il devra opérer des choix rationnels pour éviter au pays une situation à la malienne. Pour cela, il devra faire face à ses responsabilités en faisant preuve de courage politique afin de contenir les excès de ceux de ses amis dont le comportement sulfureux commence à inquiéter la communauté internationale, laquelle fait mine de ne les découvrir que maintenant.! Il lui reviendra également de répondre des engagements pris avec les puissances étrangères qui s’installent durablement sur le territoire nigérien. Il semble nécessaire qu’une démarche pédagogique vienne rassurer sur la pertinence de ces décisions et désamorcer ainsi les critiques sur la forme qui est choisie au niveau de la méthode. La cohérence du dispositif sécuritaire qui est en train de se mettre en place se mesurera à son efficacité contre les menaces qui se multiplient aux frontières du pays. A cet égard, les déclarations malheureuses, voire hasardeuses, de certains responsables nigériens à propos des situations au nord du Mali (Azawad) et au sud de la Libye ne vont pas dans le sens de l’apaisement et ne sont aucunement de nature à servir la cause de la paix et la quiétude des Nigériens. Le gouvernement serait mieux inspiré de tirer un meilleur parti de cette situation en optimisant, au profit du pays, la petite marge de manœuvre dont il peut encore disposer.

Faisons crédit à Issoufou Mahamadou de sa bonne foi et de sa détermination à rectifier les erreurs de son premier mandat. En effet, les dérives clientélistes et le « courtermisme » en matière de gouvernance ont constitué des tendances lourdes de la pratique politique ces dernières années. Le rassemblement et l’unité qu’exigent les circonstances du moment ne devraient pas dispenser d’une grande vigilance sur ces faiblesses, rapportées ces derniers temps par la presse internationale, notamment quant à l’influence de certains lobbys sur le fonctionnement des institutions de la République.

Depuis des années, plusieurs voix se sont élevées pour exhorter les autorités nigériennes à repenser le dispositif sécuritaire du pays en y impliquant davantage les populations locales. A cette demande, le pouvoir n’a jamais voulu répondre favorablement, laissant ainsi le champ libre à toute action illégale visant des personnes et des biens. En effet, les autorités nigériennes cultivent encore une méfiance coupable envers certaines franges de la population amoindrissant ainsi les capacités du pays à faire face aux défis sécuritaires du moment. L’impératif de sécurité devrait en effet commander de dépasser les crispations qui résultent d’une approche caricaturale de la conscience collective des Nigériens. Le pays devrait se donner les moyens d’optimiser son multiple potentiel humain et matériel. Cela devrait passer naturellement par un recrutement véritablement national au sein de l’armée et des autres corps de défense et de sécurité. Les populations, notamment des régions les plus exposées aux menaces extérieures, n’attendent qu’un signal fort du président de la République et de son gouvernement pour se mettre à leur disposition et contribuer ainsi réellement à l’effort national afin que cette mobilisation générale ne soit pas qu’un leurre sans lendemain destiné à donner le change une fois de plus.

Abdoulahi ATTAYOUB

Lyon (France) le 23 octobre 2016

 

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